Kosovo interdit le minage de crypto-monnaies à cause de la crise énergétique

Kosovo interdit le minage de crypto-monnaies à cause de la crise énergétique janv., 5 2026

En janvier 2022, le Kosovo a pris une décision radicale : il a interdit complètement le minage de crypto-monnaies. Pas une restriction, pas une taxe. Une interdiction totale. Pourquoi ? Parce que le pays était à court d’électricité. Les centrales à charbon tombaient en panne, les importations ne suffisaient pas, et les ménages devaient faire face à des coupures de courant de 12 heures par jour. Pendant ce temps, des fermes de minage - des salles entières remplies de machines qui consommaient de l’électricité comme des fours - tournaient à plein régime, utilisant une énergie que le gouvernement pensait devoir réserver aux hôpitaux, aux écoles et aux foyers.

Comment le minage a pris le contrôle de l’électricité

Avant l’interdiction, le minage de crypto-monnaies au Kosovo était presque un business légal. Les mineurs payaient presque rien pour leur électricité. Certains bénéficiaient même d’électricité gratuite, volée ou détournée du réseau public. Dans le nord du pays, où la population est majoritairement serbe, des mineurs gagnaient jusqu’à 2 000 euros par mois - cinq fois le salaire moyen. Ils utilisaient des centaines de machines ASIC, des appareils conçus pour résoudre des calculs complexes et valider les transactions Bitcoin. Chaque machine consommait autant d’électricité qu’un petit appartement entier.

Les autorités ont commencé à s’inquiéter quand les compteurs électriques ont commencé à tourner à toute vitesse dans des zones où personne ne vivait. Des bâtiments abandonnés, des garages, des entrepôts - tout était transformé en fermes de minage. Le réseau électrique, déjà vieillissant, a commencé à fondre. Les lignes de transmission ont surchauffé. Les pannes sont devenues quotidiennes. En décembre 2021, le gouvernement a déclaré un état d’urgence énergétique de 60 jours. Il fallait agir vite.

Les raids policiers et la saisie des machines

Le 4 janvier 2022, le ministre de l’Économie, Artane Rizvanolli, a signé l’ordonnance d’interdiction. La même journée, la police a déployé des unités spéciales dans tout le pays. Dans les villes comme Pristina, Mitrovica et Peja, des équipes ont fait irruption dans des maisons, des entrepôts et des hangars. Elles ont saisi des milliers de machines de minage. Chaque unité valait entre 20 000 et 30 000 euros. Certaines fermes avaient plus de 500 machines. Les pertes pour les mineurs ont été colossales. Beaucoup avaient emprunté pour acheter leur équipement. Certains ont perdu leur maison, leur voiture, leur avenir.

Le gouvernement n’a pas seulement arrêté les mineurs. Il a aussi bloqué l’importation de nouveaux équipements. Les douanes ont commencé à inspecter chaque conteneur en provenance de Chine, de Corée du Sud ou d’Allemagne. Les machines de minage étaient maintenant considérées comme des biens dangereux, comme des armes ou des drogues. Des mineurs ont été arrêtés, des comptes bancaires gelés. La peur s’est répandue. Beaucoup ont fui le pays.

La loi qui n’existait pas encore

Le problème ? Il n’y avait pas de loi sur le minage de crypto-monnaies. Pas de cadre juridique. Pas de définition légale. L’interdiction a été imposée par décret d’urgence. Des avocats ont immédiatement contesté la légalité de la mesure. Comment peut-on interdire quelque chose qui n’est pas encore réglementé ? Le gouvernement a répondu : « Quand le pays est en danger, on agit d’abord, on légifère après. »

En 2021, l’Assemblée du Kosovo avait déjà commencé à préparer une loi sur les crypto-monnaies. Mimoza Kusari-Lila, présidente du groupe de travail parlementaire, explique que l’objectif n’était pas d’interdire les crypto-monnaies, mais de les encadrer. Le projet de loi prévoyait l’enregistrement des mineurs, la traçabilité des transactions, et surtout, la taxation. Mais cette loi n’était pas encore prête quand la crise a explosé. L’urgence a devancé la loi.

Des policiers retirent des machines de minage d'un garage, un mineur triste tient une tirelire cassée, des lignes électriques étincellent.

Le changement de cap : autorisé, mais pas sur le réseau public

En 2025, la situation a évolué. L’interdiction totale a été levée - mais avec une condition stricte. Le minage de crypto-monnaies est désormais autorisé… uniquement si l’électricité vient d’une source indépendante du réseau national. Cela signifie : pas de prise murale. Pas de facture EKSI (l’entreprise publique d’électricité). Seules les énergies alternatives sont tolérées : panneaux solaires, éoliennes, ou même des générateurs diesel - à condition qu’ils ne soient pas connectés au réseau public.

Le gouvernement a mis en place un système de vérification. Les mineurs doivent déclarer leur source d’énergie. Des inspecteurs viennent sur place. Des capteurs sont installés pour mesurer la consommation. Si une machine consomme de l’électricité du réseau, c’est une infraction pénale. Les sanctions sont sévères : amendes jusqu’à 50 000 euros, confiscation des machines, et interdiction de reprendre l’activité pendant cinq ans.

Les conséquences économiques et sociales

L’impact a été profond. Des centaines de mineurs ont perdu leur emploi. Des entreprises locales qui vendaient des pièces de rechange ou faisaient la maintenance ont fermé. Des jeunes qui avaient investi leurs économies dans des machines sont devenus sans ressources. Mais l’autre côté de la médaille ? Les coupures d’électricité ont diminué de 80 %. Les hôpitaux n’ont plus eu besoin de générateurs d’urgence. Les écoles ont pu reprendre les cours sans interruption.

Le gouvernement a aussi réduit sa dépendance aux importations d’électricité. Avant la crise, le Kosovo importait 30 % de son énergie. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 12 %. Ce qui signifie moins de coûts, moins de pression sur les finances publiques, et plus de sécurité énergétique.

Un enfant installe des panneaux solaires sur son toit, des machines de minage douces fonctionnent sous le soleil, une éolienne tourne près de lui.

Le modèle kosovar, une référence mondiale ?

Le Kosovo n’est pas le seul pays à avoir interdit le minage. La Chine l’a fait en 2021, et d’autres pays comme l’Égypte, la Bolivie ou le Maroc ont suivi. Mais ce qui rend la réponse du Kosovo unique, c’est sa transition. Elle n’a pas simplement banni le minage. Elle l’a réinventé. Elle a transformé une crise énergétique en opportunité de réforme.

Les experts de l’Union européenne ont suivi de près cette expérience. Deux conseillers ont été envoyés à Pristina pour aider à aligner le futur projet de loi sur les normes anti-blanchiment de l’UE. Le Kosovo veut que ses règles soient acceptées en Europe. Il veut que les mineurs légaux puissent un jour opérer en toute transparence, sans être considérés comme des criminels.

Et maintenant ? L’avenir du minage au Kosovo

La loi finale sur les crypto-monnaies est encore en attente. Elle est à 90 % rédigée. Mais les négociations avec Bruxelles ralentissent le processus. L’UE exige des garanties contre le blanchiment d’argent, la fraude fiscale, et l’utilisation des crypto-monnaies pour financer des activités illégales.

En attendant, quelques mineurs ont réussi à se réinventer. Ils ont installé des panneaux solaires sur leurs toits. Ils ont acheté des éoliennes miniatures. Ils utilisent des batteries pour stocker l’énergie. Leur minage est lent, mais légal. Certains ont même commencé à vendre leur électricité excédentaire au réseau - une ironie : ils deviennent maintenant des fournisseurs d’énergie.

Le Kosovo a montré qu’il est possible de protéger l’approvisionnement énergétique sans rejeter totalement l’innovation. Le minage de crypto-monnaies n’est pas en soi un problème. C’est son énergie qui pose problème. Et si l’énergie est propre, indépendante, et payante ? Alors, peut-être, il peut exister - dans les limites du raisonnable.

Le message du Kosovo est clair : l’électricité ne doit pas être un jeu. Elle est une ressource vitale. Et quand elle manque, les priorités doivent changer. Les crypto-monnaies ne peuvent pas prendre la place de la lumière dans les maisons, du chauffage dans les hôpitaux, ou de l’électricité pour faire bouillir de l’eau.

1 Commentaires

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    Franc Lautar

    janvier 5, 2026 AT 23:06

    Je trouve ça incroyable qu’un pays puisse prendre une telle décision en pleine crise. Pas juste une taxe, pas un contrôle, mais une interdiction totale. C’est rare de voir un gouvernement agir aussi radicalement - et pourtant, quand les lumières s’éteignent dans les hôpitaux, tu ne discutes pas, tu agis.

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