Restrictions sur les échanges de crypto pour les Nigérians : Ce qui a changé en 2025

Restrictions sur les échanges de crypto pour les Nigérians : Ce qui a changé en 2025 janv., 1 2026

En 2021, posséder des bitcoins au Nigeria pouvait vous coûter votre compte bancaire. En 2025, c’est devenu une activité légale - mais pas sans pièges. La loi Investments and Securities Act (ISA 2025), signée en mars par le président Bola Ahmed Tinubu, a tout changé. Les crypto-monnaies sont désormais reconnues comme des titres financiers, et les échanges doivent être autorisés par la Securities and Exchange Commission (SEC). Cela ne veut pas dire que tout est simple. Pour les Nigérians, la liberté d’acheter du BTC ou de vendre de l’ETH n’est plus interdite… mais elle reste entourée de contradictions.

De l’interdiction totale à la régulation contrôlée

En 2021, la Banque centrale du Nigeria (CBN) avait interdit aux banques de traiter avec des plateformes de crypto. Résultat : des milliers de personnes ont vu leurs comptes bloqués, leurs transactions refusées, et certains ont même été arrêtés pour avoir utilisé Binance ou Quidax. Ce n’était pas une loi, mais une directive bancaire - et elle a été appliquée avec brutalité.

En décembre 2023, tout a basculé. Le gouverneur de la CBN, Olayemi Cardoso, a annoncé la levée de l’interdiction. Il a admis que les autorités avaient été « prises de court » par l’engouement des Nigérians pour les crypto. Avec plus de 22 millions d’utilisateurs, le Nigeria est le pays au monde qui effectue le plus d’échanges P2P. Interdire ça, c’était comme bloquer l’eau dans un barrage en crue.

L’ISA 2025 a transformé cette réaction en système. Désormais, toute plateforme qui veut opérer au Nigeria doit obtenir une licence de la SEC. Ce n’est pas une simple inscription. Il faut prouver qu’on a des systèmes anti-blanchiment, des contrôles KYC solides, et qu’on coopère avec la NFIU (Unité de renseignement financier) et la EFCC (Commission économique et financière). Seuls Quidax et Busha ont reçu les premières autorisations - les autres attendent encore, parfois depuis plus d’un an.

Les crypto ne sont plus illégales… mais les banques sont toujours méfiantes

La loi dit que les banques peuvent désormais ouvrir des comptes aux échanges licenciés. En théorie, oui. En pratique, beaucoup de Nigérians disent le contraire. Sur Reddit, Twitter et les forums locaux, les utilisateurs racontent qu’ils sont toujours harcelés par la police. Certains disent qu’on leur demande de payer 200 000 nairas (environ 120 €) pour « libérer » leur compte après avoir été arrêtés pour avoir utilisé une application de crypto. Même si la loi a changé, l’application reste chaotique.

Les banques, elles, n’ont pas encore mis à jour leurs politiques internes. Beaucoup refusent toujours d’accepter les dépôts venant de plateformes de crypto, même si elles sont licenciées. Pourquoi ? Parce que les employés ne savent pas quoi faire. Les directives de la CBN sont floues, et les formations internes n’ont pas encore été mises en place. Résultat : un Nigérian qui utilise Quidax peut voir son compte bloqué par son banquier, alors qu’il est parfaitement en règle.

Les plateformes licenciées : une sécurité relative

Si vous voulez trader en toute légalité, vous devez choisir une plateforme autorisée par la SEC. Quidax et Busha sont les seuls à avoir reçu l’approbation jusqu’à présent. Cela signifie qu’ils suivent les règles de KYC, de AML, et qu’ils conservent les données des utilisateurs pour les autorités. C’est rassurant… jusqu’au moment où vous essayez de retirer vos fonds.

Les délais de retrait ont augmenté. Les frais ont augmenté. Certains utilisateurs disent que leurs demandes de retrait restent en attente pendant 5 à 7 jours, alors que sur les plateformes non licenciées, c’était instantané. Pourquoi ? Parce que chaque transaction doit être vérifiée par la NFIU. C’est une bonne chose pour éviter les escroqueries… mais une mauvaise chose pour les traders qui ont besoin de liquidité.

Les plateformes internationales comme Binance ou Kraken ne sont pas encore licenciées au Nigeria. Elles ne peuvent plus accepter de nouveaux utilisateurs locaux. Les anciens utilisateurs sont dans une zone grise : ils peuvent encore accéder à leurs comptes, mais ne peuvent plus déposer d’argent via les banques nigérianes. Cela les pousse à utiliser des méthodes P2P - ce qui, en soi, n’est pas illégal, mais expose à des risques plus élevés.

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Les NFT et les autres actifs : une frontière floue

L’ISA 2025 ne parle pas de tous les types de crypto. Les NFT artistiques - comme les œuvres d’art numériques ou les avatars - ne sont pas concernés. Mais les NFT qui représentent des parts d’entreprise, des droits de revenus ou des investissements sont considérés comme des titres. Cela signifie que si vous vendez un NFT qui donne droit à des bénéfices futurs, vous devez être enregistré comme émetteur de titres. Beaucoup de créateurs nigérians ne le savent pas. Ils pensent que leur art numérique est exempt de régulation. Ce n’est plus vrai.

Les plateformes de trading de devises en ligne (forex) sont aussi maintenant sous le contrôle de la SEC. Ce n’est pas une surprise : beaucoup d’entre elles utilisaient des crypto pour contourner les restrictions de change. Désormais, elles doivent demander une licence ou fermer. Des dizaines ont déjà disparu du marché.

Le marché de la crypto au Nigeria : 400 millions de dollars et une croissance inarrêtable

Même avec toutes ces restrictions, le marché continue de croître. En octobre 2025, la valeur totale des transactions crypto au Nigeria a dépassé les 400 millions de dollars. Pourquoi ? Parce que le naira continue de perdre de la valeur. L’inflation dépasse les 30 %. Les salaires stagnent. Les gens n’ont pas confiance dans les banques. Les crypto, elles, ne sont pas contrôlées par le gouvernement.

Les jeunes Nigérians - plus de 70 % des utilisateurs ont moins de 35 ans - utilisent les crypto pour envoyer de l’argent à l’étranger, acheter des biens en ligne, ou même investir dans des projets décentralisés. Certains utilisent des stablecoins comme USDT pour sauvegarder leur épargne. D’autres font du trading P2P pour gagner quelques dollars par jour.

L’industrie locale est en train de se structurer. Des startups émergent pour fournir des outils d’analyse, des tutoriels en langues locales, et des services de conseil en fiscalité. La SEC organise des ateliers pour les échanges. Mais il n’y a toujours pas de système clair pour les particuliers.

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Les impôts arrivent… et personne ne sait comment les payer

La SEC a confirmé qu’elle travaille sur un cadre fiscal pour les crypto. Les transactions pourraient être soumises à une taxe sur les gains en capital. Mais personne ne sait à quel taux, ni comment déclarer. Les plateformes licenciées ne fournissent pas encore de rapports fiscaux. Les utilisateurs doivent tout calculer eux-mêmes - et ils n’ont pas les outils pour ça.

Le gouvernement espère collecter des milliards de nairas par an. Mais sans éducation fiscale, sans logiciels, sans soutien, la plupart des utilisateurs vont simplement éviter de déclarer. Ce qui pourrait créer un nouveau problème : une économie parallèle encore plus difficile à contrôler.

Que faire en 2026 ?

Si vous êtes un Nigérian qui veut utiliser les crypto, voici ce qu’il faut faire :

  • Ne tradez que sur des plateformes licenciées : Quidax et Busha sont les seuls à avoir l’approbation officielle.
  • Évitez les plateformes internationales non autorisées pour les dépôts : elles ne sont plus connectées aux banques locales.
  • Utilisez les échanges P2P avec prudence : vérifiez les historiques des vendeurs, ne payez jamais en espèces sans contrat écrit.
  • Ne gardez pas vos crypto sur une plateforme : utilisez un portefeuille personnel (hardware ou logiciel) pour plus de sécurité.
  • Documentez toutes vos transactions : dates, montants, devises. Vous aurez peut-être besoin de preuves pour les impôts plus tard.

La vraie question : la régulation protège-t-elle… ou étouffe-t-elle ?

Le Nigeria a fait un pas colossal en 2025. Il a reconnu que les crypto sont ici pour rester. Mais la régulation est encore un mélange de bonnes intentions et de mauvaise exécution. Les lois sont claires. Les applications ne le sont pas.

Les banques refusent toujours de jouer le jeu. La police continue d’arrêter des gens pour des raisons qui n’existent plus. Les utilisateurs sont perdus entre la loi et la réalité.

La clé, maintenant, n’est pas de faire plus de lois. C’est de faire mieux. Former les banquiers. Éduquer la police. Créer des outils simples pour les particuliers. Sans ça, la régulation ne sera qu’un mur de papier - beau à voir, mais inutile à traverser.

Les crypto sont-elles légales au Nigeria en 2026 ?

Oui, les crypto-monnaies sont légales au Nigeria depuis mars 2025, grâce à la loi ISA 2025. Elles sont classées comme des titres financiers. Cependant, il est illégal d’utiliser des plateformes non autorisées par la SEC pour effectuer des transactions. Les particuliers peuvent posséder et échanger des crypto, mais seulement via des échanges licenciés.

Pourquoi les banques refusent-elles toujours les transactions crypto ?

Même si la Banque centrale du Nigeria a levé son interdiction en 2023, les banques n’ont pas encore mis à jour leurs systèmes internes. Beaucoup de employés ne savent pas comment traiter les transactions liées aux crypto. Résultat : des rejets arbitraires, des comptes bloqués, et des clients harcelés. La coordination entre la CBN, la SEC et les banques est encore lente et inégale.

Quelles plateformes de crypto sont autorisées au Nigeria ?

Pour le moment, seules deux plateformes ont reçu une licence de la SEC : Quidax et Busha. Toutes les autres - y compris Binance, Kraken ou Coinbase - ne sont pas autorisées à opérer légalement au Nigeria. Les utilisateurs peuvent encore accéder à leurs comptes sur ces plateformes, mais ne peuvent plus déposer d’argent via les banques locales.

La police peut-elle encore arrêter quelqu’un pour avoir des crypto ?

Officiellement, non. La loi de 2025 a supprimé toute base légale pour l’arrestation d’un individu pour possession de crypto. Mais en pratique, des cas de harcèlement, d’extorsion et d’arrestations continuent d’être rapportés. La police n’a pas encore reçu de formation claire sur la nouvelle législation, et certains agents continuent de traiter les crypto comme un crime.

Dois-je payer des impôts sur mes gains en crypto au Nigeria ?

Oui, mais pas encore officiellement. La SEC travaille sur un cadre fiscal pour les crypto, mais aucune loi n’a encore été publiée. Aucun taux n’a été fixé, et aucune méthode de déclaration n’est disponible. Pour l’instant, il est recommandé de garder un registre détaillé de toutes vos transactions, au cas où un système fiscal serait mis en place plus tard.

Les NFT sont-ils réglementés au Nigeria ?

Seuls les NFT qui représentent un investissement - comme des parts dans une entreprise ou des droits de revenus - sont réglementés par la SEC. Les NFT artistiques, comme les œuvres d’art numériques ou les avatars, ne sont pas concernés. Mais si vous vendez un NFT pour générer des revenus futurs, vous êtes considéré comme un émetteur de titres, et vous devez être enregistré.